Une pousse qui prend le temps de grandir, comme un investissement.

Comment commencer à investir quand on part de zéro

August 06, 20265 min read

Comment commencer à investir quand on part de zéro

Une amie m'a déjà dit, sans rire, qu'elle attendait de "comprendre la bourse" avant d'investir. Ça faisait onze ans qu'elle attendait. Onze ans d'argent qui dormait dans un compte, pendant qu'elle lisait des articles et remettait ça au mois prochain.

Elle avait tout compris à l'envers.

On ne comprend pas les marchés en lisant, on les comprend en réglant, dans le bon ordre, trois questions simples. Le reste vient tout seul, avec le temps.

Le vrai obstacle, ce n'est pas l'argent

"J'investirai quand j'aurai plus d'argent." Cette phrase revient sans arrêt, et elle ment presque toujours.

Ce qui bloque, ce n'est pas la somme. C'est le brouillard. Trop d'options, trop de jargon, trop de gens qui cherchent à vous vendre quelque chose. Devant le flou, le cerveau choisit de ne rien faire, une paralysie qui prend l'allure de la prudence, mais qui coûte cher.

Cher, parce que le temps est le seul avantage qu'un débutant possède sur un professionnel. Un montant modeste placé tôt bat souvent un gros montant placé tard, simplement parce qu'il a plus d'années devant lui pour grossir. C'est la mécanique des intérêts composés, vos gains produisent à leur tour des gains, et la boule de neige finit par rouler d'elle-même. Chaque année d'attente est une année que vous ne rachèterez jamais. (Et ça j'ai plusieurs articles en tête pour vous le prouver).

Commencer petit, mais commencer. Ça vaut mille fois mieux que d'attendre la somme "sérieuse" qui n'arrive jamais.

Première question : avez-vous une base solide ?

Avant de placer un seul dollar, réglez deux choses.

D'abord, les dettes coûteuses. Une dette de carte de crédit peut vous gruger, en intérêts, bien plus que ce qu'un placement rapporte en moyenne. Rembourser cette dette vous donne un rendement garanti, sans risque. Aucun placement n'offre ça. On s'en occupe en premier, point.

Ensuite, un fonds d'urgence. De quoi couvrir quelques mois de dépenses, dans un compte que vous pouvez vider demain matin. Sans ce coussin, le premier imprévu vous forcera à vendre vos placements au pire moment possible, celui où ils viennent de baisser.

Ce coussin, c'est lui qui vous permet de laisser votre argent investi tranquille. Et laisser tranquille, justement, c'est là que la magie opère.

Investir sans ces deux fondations, ça revient à monter un étage sur un plancher qui bouge. Mais pour ma part, à moins d'investir dans un produit qui est gelé pendant des années, les placements eux-mêmes peuvent faire office de coussin d'urgence...

Deuxième question : pour quand est cet argent ?

Voici la question qui décide de presque tout. Et pourtant, on l'oublie tout le temps. Ce délai avant d'avoir besoin de votre argent porte un nom, l'horizon de placement.

Un argent dont vous aurez besoin dans un an ou deux, une mise de fonds, un projet proche, n'a rien à faire dans des placements qui montent et descendent. Il doit rester stable, accessible, quitte à rapporter peu. Sa mission n'est pas de croître, elle est d'être là au bon moment.

Un argent dont vous n'aurez pas besoin avant de longues années, la retraite, un objectif lointain, peut encaisser les hauts et les bas des marchés. Le temps lisse les secousses. Ce qui ressemble à une chute effrayante sur un mois devient un simple creux sur vingt ans.

Retenez une seule règle. Plus l'échéance approche, moins on prend de risque. À l'horizon s'ajoute votre tolérance au risque, votre capacité à dormir tranquille un soir de chute des marchés. Deux personnes au même horizon ne l'encaissent pas de la même façon. Une grande partie des mauvaises expériences en placement se résume à ça, quelqu'un a mis un argent de court terme dans un outil de long terme, puis a paniqué à la première baisse.

Troisième question : simple ou compliqué ?

Ici, la tentation guette. On croit que "sophistiqué" veut dire "meilleur". Pour un débutant, l'inverse est presque toujours vrai.

Trois pièges reviennent sans cesse.

Les frais qu'on ne voit pas. Un pourcentage prélevé chaque année a l'air minuscule sur le moment. Étalé sur des décennies, il peut engloutir une part énorme de vos gains. Avant de choisir un produit, exigez une réponse claire, quels sont les frais, exactement, et sur quoi s'appliquent-ils.

Le produit qu'on ne comprend pas. Si personne n'arrive à vous expliquer un placement en une phrase simple, ce n'est pas parce que vous manquez d'intelligence. C'est un signal. La complexité sert souvent à cacher des frais ou des risques.

Le rendement promis. Toute offre qui garantit un gros rendement "sans risque" vous ment. Le risque et le rendement avancent ensemble, main dans la main. Quiconque prétend le contraire vous vend quelque chose. Les autorités financières le répètent année après année, méfiez-vous des promesses trop belles, surtout en ligne.

Pour un premier placement, la simplicité n'est pas un compromis. C'est une stratégie. Un produit diversifié, à frais bas, que vous comprenez du premier coup, bat presque toujours le montage compliqué qu'un vendeur cherche à vous glisser. (En passant, ils ont justement inventé les FNB pour ça)

Par où commencer, concrètement

Résumons la marche à suivre, dans l'ordre.

1.Remboursez vos dettes coûteuses.

2.Montez un petit coussin d'urgence, accessible (ou une partie de vos placements plus simple à retirer en cas de besoin urgent).

3.Décidez pour quand est l'argent que vous voulez investir.

4.Choisissez un placement simple, à frais bas, que vous comprenez.

5.Automatisez un montant régulier, même modeste, puis laissez le temps travailler.

Aucune de ces étapes n'exige de "comprendre les marchés". Elles exigent de la clarté sur votre propre situation, rien de plus.

Mon amie a fini par y arriver. Elle a commencé avec une somme qui la gênait presque, tellement elle la trouvait petite. Trois ans plus tard, ce n'est plus le montant qui l'impressionne, c'est le nombre d'années qu'elle a laissé filer avant de se lancer. Et elle a suivi mon conseil, simple et tellement aidant. À chaque hausse de salaire annuelle, elle en profite pour augmenter son placement, cette hausse même modeste passe donc inaperçue.

Commencer à investir, ce n'est pas prédire l'avenir. C'est mettre de l'ordre dans le présent, puis rester patient.

Cet article présente des principes généraux et non un conseil personnalisé. Les règles fiscales et les produits offerts changent selon votre pays ou votre province, validez toujours votre situation auprès d'une source qualifiée.

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